13 années de prison pour délit d’humanité

Dissonances évoque le parcours d’un homme qui est condamné à 13 années de prison pour avoir défendu l’asile, la solidarité et l’hospitalité.

Cet homme s’appelle Domenico Lucano, dit aussi Mimmo Lucano. De 2004 à 2018, il a été le maire humaniste du village de Riace en Italie. De ce coin de terre calabraise, en Italie du Sud, terre historiquement liée à l’émigration, cet homme en a fait pendant 14 années le symbole d’un projet de société alternatif fondé sur l’entraide, la solidarité et la fraternité….

C’est ainsi que, accueillant les migrants et les exilés qui débarquaient sur les plages toutes proches, le village se réanime : l’école, fermée par manque d’enfants, rouvre et  la production d’olives est relancée, les logements inoccupés sont récupérés et partagés, d’anciennes infrastructures sont restaurées, le conseil municipal parie et investit dans l’éducation, la formation professionnelle, l’économie sociale et solidaire, et créée même une monnaie locale…Plusieurs centaines de migrants sont ainsi secourus, la commune leur trouvant des logements provisoires et pour certains qui sont restées sur place, des emplois.

En 2016, alors que le  Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU salue son action, des manifestations conduites par l’extrême droite, avec à sa tête la Ligue du Nord, font du projet de Riace, leur cible prioritaire. Aux élections législatives de 2018, Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue du Nord entre au gouvernement et devient ministre de l’intérieur . Sa volonté est de lutter contre l’immigration et donc de délégitimer les réalisations de la municipalité de Domenico Lucano, réalisations qui sont l’antithèse de ce que veut cette extrême droite qui monte partout, animée par la haine.   

Mimmo est arrêté le 3 octobre 2018, assigné à résidence, suspendu de ses fonctions et interdit de séjour sur la commune de Riace . Sous la pression de l’extrême droite, mais aussi de la mafia omniprésente en Calabre, la répression judiciaire s’accroît.

Le verdict tombe le 30 septembre 2021.

Domenico est condamné, à treize années et deux mois de prison,  reconnu coupable d’association de malfaiteurs aux fins d’immigration irrégulière, de pratiques frauduleuses, de détournements de biens publics et d’abus de fonction publique. La justice lui réclame également de reverser 500 000 euros d’aides publiques perçues par la commune.

 « J’assume d’être sorti de la légalité, commente Mimmo Lucano,  mais la légalité et la justice sont deux choses différentes. La légalité est l’instrument du pouvoir et le pouvoir peut être injuste. À une époque donnée, la légalité ça été le troisième Reich, l’esclavage, l’apartheid ».

Retour, avec Dissonances, sur le parcours de Domenico Mimmo Lucano, le maire des migrants, accusé du délit de Solidarité.

LIENS:

  • ILLUSTRATION MUSICALE:
  • Melocoton de Colette Magny, par Allain Leprest
  • Rivoluzione, Asciano Celestini